Somewhere on Earth

civilisation industrielle

  • Une analyse des événements qu'on aimerait entendre un peu plus souvent !

    Sur France Inter le 14 avril 2020 - Les entretiens confinés de la Terre au Carré de Camille Crosnier

    « La révolution, pour envisager tous les possibles et sortir de notre culture de la gestion. Réenchanter le monde, faire preuve de subversion et de sérieux. »

    Le tout premier de la série avec Aurélien Barrau, astrophysicien 

  • L'heure du choix

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    Télérama du 08/04/20. Billet de Pascal Olivier-Moussellard

    "C'est un pont jeté entre deux pôles de notre conscience. D'un côté, la crainte que notre économie ne s'effondre à cause du coronavirus, et la certitude que tout doit être fait pour la sauver - "quoiqu'il en coûte", comme l'a déclaré Emmanuel Macron. De l'autre, la conviction que cette crise sanitaire nous "dit" quelque chose sur la façon dont nous habitons - et martyrisons - notre planète. Entre ces deux pôles, l'arc est devenu électrique. Les défenseurs de l'environnement sont accusés de profiter du Covid-19 pour avancer leurs pions politiques ; et les industries polluantes, de se servir du coronavirus pour forcer les gouvernements à suspendre les règles de bonne conduite écologique, comme elles ont déjà réussi à le faire aux Etats-Unis. Faux débat. Certes, le coronavirus n'est pas un enfant du réchauffement climatique ni des pesticides, et les grandes épidémies sévissaient longtemps avant l'invention du capitalisme. Mais comment ne pas faire le lien entre les appels de médecins envoyés au front avec des moyens trop limités et les cris d'alarme lancés par des milliers de chercheurs, depuis trente ans, sur ce qui attend l'humanité si la protection de l'environnement ne devient pas notre absolue priorité ? Peut-on applaudir à la mobilisation de toutes les ressources de l'Etat dans la "guerre" contre le Covid-19 sans enrager, au même moment, devant la faiblesse des moyens mis en oeuvre pour entamer d'urgence la transition écologique ? Toutes les grandes crises, à travers l'Histoire, on ouvert une parenthèse pendant laquelle des réformes courageuses, radicales, indispensables étaient possibles pour améliorer le système. Mais ces parenthèses ne durent jamais indéfiniment."

  • Un autre point de vue intéressant sur la crise du Covid-19

    Interview de Yann Arthus-Bertrand par Public Planet du 07/04/20 : « Notre façon de vivre est en train de détruire la vie sur Terre » 

    Plus de la moitié de la planète est confinée, pour beaucoup d’entre nous c’est assez théorique, assez virtuel, mais pour vous qui avez passé des années à la parcourir cette planète… Qu’est-ce que ça vous inspire ? C’est vertigineux d’imaginer cela ?

    C’est assez étonnant parce que je suis en train de faire un film qui s’appelle « Legacy » qui est la suite du film « Home » et on était en pleine réflexion sur le monde d’aujourd’hui, ce qu’il fallait changer… Et d’un seul coup, ça remet tout à plat. Je voulais avoir des images de villages et les images qui viennent des drones sont sans personne, c’est inimaginable ! On va dans une espèce de monde complètement inconnu. On vient de faire une tribune dans Le Monde avec des copains où on explique qu’il y en a marre des Chinois ! Nous, en tant qu’écolo, ça fait quand même 30 ans qu’on se bat pour les cornes de rhinocéros, les ailerons de requin, l’ivoire… Quand on voit les vidéos des marchés chinois, on a l’impression que tous les animaux de la liste rouge de l’UICN (ndlr : Union internationale pour la conservation de la nature) et de WWF sont dans les marmites des Chinois. On en a marre ! D’autant plus que la Chine devait accueillir la grande COP sur la biodiversité en octobre prochain ! Ils ont les moyens d’arrêter complètement le commerce des animaux sauvages, donc c’est leur responsabilité ! C’est invraisemblable ! Les serpents, les chiens, les chats, les chauves-souris… Ils bouffent tout ! Et cette façon de faire nous a amené le virus, c’est évident !

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  • Un colosse aux pieds d'argile

    extrait du livre Comment tout peut s'effondrer

    - Pour le physicien Yaneer Bar-Yam, spécialiste en science des systèmes et directeur du New England Complex Systems Institute de Cambridge (Etats-Unis), "une société en réseau se comporte comme un organisme multicellulaire" : la pluspart des organes sont vitaux, on ne peut amputer une partie des organes sans risquer la mort de l'organisme. Ce qu'a découvert ce chercheur, c'est que plus ces systèmes sont complexes, plus chaque organe devient vital pour l'ensemble de l'organisme. A l'échelle du monde, donc, tous les secteurs et toutes les régions de notre civilisation globalisée sont devenus interdépendants au point de ne pouvoir souffrir d'un effondrement sans provoquer le vacillement de l'ensemble du métaorganisme. Autrement dit, nos conditions de vie à ce moment et à cet endroit précis dépendent de ce qui s'est passé il y a peu à de nombreux endroits de la Terre.

    Cela peut-il nous aider à comprendre ce qui est en train de se produire en ce moment avec la crise sanitaire actuelle et à en imaginer les conséquences ? (NDLR)

    "On vit une crise cardiaque du modèle industriel globalisé" Interview de Pablo SERVIGNE (Co-auteur de "Comment tout peut s'effondrer") du 04 avril 2020 sur France Inter à ce propos 

     

  • La prochaine peste

    Dans Charlie Hebdo, extrait de l'interview de Serge Morand, chercheur, spécialiste en écologie parasitaire.

    Comment tirer les leçons du passé et se prémunir de ce que vous appelez dans votre livre « la prochaine peste » ?

    Les travaux démontrent qu’un monde connecté par la marchandise est un monde connecté par la circulation des maladies affectant humains, animaux et plantes. Mais nous n’en tenons pas compte. Nous allons donc de crise en crise et tout ce que nous faisons est seulement de nous préparer pour la prochaine, sans s’attaquer au fondement des origines de ces crises, c’est-à-dire à ces interactions particulières entre le social, l’écologique, le biologique et le microbe.
    Pour ce faire, il faut démondialiser nos économies, relocaliser les activités économiques et surtout celles des productions agricoles. L’environnement y gagnera, le climat y gagnera, la biodiversité y gagnera, nos agriculteurs d’ici et d’ailleurs y gagneront, notre santé et notre bien-être y gagneront. Tout l'article ici 

  • 20 mars 2020 - Ouest-France Interview l'économiste Laurence Tubiana

    L’économiste Laurence Tubiana, titulaire de la chaire Développement durable à Sciences Po Paris et directrice de la Fondation européenne du climat, estime qu’il faut « tirer les leçons » de cette pandémie de coronavirus. Pour elle, cette crise est en lien direct avec nos modes de vie et l’écologie.

    Faites-vous un lien direct entre cette crise sanitaire et le climat ?

    Il est important de rappeler que le Covid-19 est une zoonose, une maladie issue du monde animal. Sa propagation a été rendue possible par nos modes de vie. L’extension de l’habitat humain, la déforestation, l’artificialisation des sols, provoquent de plus en plus d’interactions entre l’espèce humaine et le monde sauvage. En 2016, le Programme des Nations unies pour l’environnement a conclu à une forte augmentation des zoonoses. 31 % des épidémies telles que les virus Ebola, Zika et Nipah sont liées à la déforestation. Avec le réchauffement climatique, la grippe n’est déjà plus saisonnière dans les tropiques. Le dérèglement climatique, directement lié aux émissions de gaz à effet de serre de l’activité humaine, est un vrai multiplicateur de menaces.

    La crise sanitaire vire à la crise économique. Voyez-vous des similitudes avec celle de 2008-2009 ?

    Il y en a plusieurs, d’ordres différents. Avec la diminution de l’activité économique, les émissions de gaz à effet de serre baissent. Moins de pollution dans l’air sauve des vies. En 2009, les émissions avaient baissé globalement d’un peu plus de 6% dans les pays développés (hors Chine), mais étaient remontées d’autant dès 2010. Là, il est encore trop tôt pour un bilan, même si les observations satellites ont montré de fortes diminutions en Chine et en Italie du Nord. Et comme il y a dix ans, tous les pays s’apprêtent à faire des relances économiques.

    Les mesures prises après 2008, justement, n’avaient pas été très bonnes pour l’environnement…

    La plupart de mes collègues économistes ne croyaient pas, alors, à un plan de relance vert pour faire repartir l’économie. Pour eux, c’était encore du long terme, une niche. Beaucoup d’entre nous, des experts, des scientifiques, avaient plaidé pour que les outils des grandes banques centrales, comme l’abaissement des taux, soient mobilisés au service de l’environnement. On l’a fait un peu. Il y a eu des investissements verts en Chine, aux États-Unis et en Europe. Mais ces derniers ont été mis à mal par de plus larges investissements dans les énergies fossiles. On en paye les conséquences aujourd’hui.

    Pourquoi serait-ce différent en 2020 ?

    On ne devrait pas refaire les mêmes erreurs. Aujourd’hui, on entend Christine Largarde, avant au FMI et maintenant à la Banque centrale européenne dire : « Le climat a une importance macro-économique ». Les États auront les moyens d’emprunter, d’émettre des obligations vertes. Il faut relancer les emplois. On peut le faire en augmentant les bonus pour les véhicules propres, les aides à la transition pour les agriculteurs, la rénovation énergétique dans le bâtiment, l’électrification des transports…

    Des lois climat, adoptées dans de nombreux États, garantissent-elles une relance verte ?

    Elles ont besoin d’être renforcées, mais elles dirigent des dépenses publiques au service de stratégies bas carbone. C’est une bonne chose. On savait déjà qu’il fallait relancer l’économie. Celle-ci doit nous préparer une meilleure société.

    Pour autant, le coronavirus semble avoir mis le climat entre parenthèses…

    Oui, des marches ont été annulées, l’important sommet entre l’Union européenne et la Chine a été reporté et les efforts diplomates sur l’ambition climatique sont à l’arrêt. C’est cohérent, responsable et rationnel. Greta Thunberg dit suffisamment qu’il faut écouter les scientifiques. C’est vrai pour la crise du climat, cela vaut pour la crise sanitaire. Les spécialistes des épidémies nous disent que la seule manière d’écrêter le pic de contamination est d’éviter les regroupements et de rester chez soi. C’est la réalité, il faut le faire.

    La pandémie s’annonce longue. Craignez-vous que la lutte contre le réchauffement climatique retombe, dans le niveau des priorités des gens ?

    En une année, les mouvements de jeunesse ont fait bouger les lignes en Europe, aux États-Unis, en Afrique. Ils ont entraîné des parents, des grands-parents. Cette mobilisation a déjà eu des impacts politiques. On l’a vu aux élections européennes. On n’aurait jamais eu de Green Deal sans cela. Tous les groupes politiques intègrent fortement aujourd’hui la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, excepté peut-être l’extrême droite de certains pays européens.

    L’enthousiasme affiché lors de la signature de l’Accord de Paris, en 2015, est pourtant retombé…

    Effectivement. Depuis trente ans que je travaille le sujet, je vois bien que la conscience des enjeux climatiques progresse par vague. La formidable mobilisation politique 2015 est un peu redescendue, mais pas comme en 2008. Et cette fois, la pression vient de la base, pas d’en haut. C’est ce que nous disent les 150 Français de la Convention citoyenne du climat. La science est aussi davantage écoutée.

    Donc, le climat pourrait redescendre d’un cran…

    Je ne pense pas. Cette crise sanitaire est très liée à la crise écologie. Elle nous amène à réfléchir à notre surconsommation, à nos dépendances aux marchés internationaux, à l’interpénétration de nos économies. Est-ce qu’au fond, l’extrême poussée de cette mondialisation n’a pas été trop loin ? Le discours d’Emmanuel Macron était très intéressant, en ce sens : On ne pourra plus vivre comme avant. Il se passe quelque chose qui nous fait réfléchir. En 2008, un des conseillers d’Obama disait : Une crise, il faut en faire une opportunité. Je crois que c’est effectivement le moment.